28/09/2016

Ass mat depuis un mois.

Ça y est, cela fait maintenant un mois que j'ai commencé mon activité d'assistante maternelle... Les semaines sont passées très vite, je ne me suis pas rendue compte du temps qui passe (s'il pouvait passer aussi vite entre Octobre et Janvier ce serait vraiment cool #privatejoke) mais une chose est sûre, c'est que je suis certaine que ce métier est fait pour moi... Même si j'espère des journées plus chargées pour bientôt (ouais je suis un peu accro au travail).

J'ai obtenu mon premier contrat deux jours après mon inscription chez Pôle Emploi, autant dire que j'étais la plus heureuse! J'ai eu un gros feeling avec les parents, et la petite fille m'a tout de suite adoptée, ce qui est top car nous mettions en place un accueil d'urgence suite au déménagement de l'ancienne assistante maternelle. J'ai rencontré la famille le jeudi pour commencer par une journée de 11 heures dès le lundi!

Depuis tout se passe très bien, la petite souris a pris ses repères à la maison, il faut néanmoins avouer que c'est un bébé très cool et qu'elle n'a eu aucun problème d'adaptation (ce qui est assez exceptionnel!), par contre, moi il a fallu que je prenne mes marques.

La première semaine a été assez folklorique niveau organisation, j'ai été débordée et épuisée. Déjà j'avoue, j'avais eu l'idée stupide d'arrêter le café. Non mais quelle idée! S'occuper d'enfants, faire des journées à rallonge, et le tout sans café... Alors j'ai tenu deux semaines, puis j'ai craqué, le café fait de nouveau parti de ma vie. Je vous avais préparé tout un article du style "comment j'ai arrêté le café", mais comme je n'ai eu aucune volonté finalement, vous ne verrez jamais cet article. Ou alors quand je serai enceinte, et que je devrais arrêter le café, le vin, le saumon, le saucisson, le fromage, les makis... Euh non... Mauvaise idée, continuons à nous occuper des gosses des autres haha.

L'organisation donc... 

A la maison, malgré une croissance explosive des lessives et des passages de l'aspirateur (traumatisant encore un peu plus le chat, l'aspirateur ce terrible prédateur du chat), j'ai plutôt bien géré, même si je pense être devenue maniaque, à savoir que l'aspirateur doit être passé au minimum deux fois par jour. En même temps, avec un bébé qui veut manger seul et qui émiette ses biscuits sur sa chaise haute, et un chat qui snobe les miettes (connasse!) , je n'ai pas le choix. Ha il y aussi le bébé qui veut caresser le chat et qui lui arrache les poils, on adoooooore. Bref, la maison, ça a été, mon projet était bien réfléchi, j'ai géré.

Les sorties, ont été un peu plus compliquées.

J'ai passé trois ans chez les jumelles, avec une maman hyper cool, sans prise de tête, je sortais pour des petits temps dehors donc sans sac à langer (les filles n'en avaient pas vraiment de toute façon, quand la maman sortait, elle fourrait tout dans un tote bag et hop, à la cool), et surtout, ils habitaient dans une résidence de standing, donc j'avais un ascenseur, de l'espace, et avec ma poussette double qui coûtait un mois de mon salaire, c'était nickel... Ici ce n'est pas la même chose. Il a fallu que je réfléchisse à ce que je devais mettre dans mon sac à langer, ne pas trop en mettre pour ne pas m'encombrer (la mission impossible quand tu veux que tout soit parfait) et avoir l'essentiel. C'est ainsi que ma première sortie fut épique. 

Déjà la poussette et les escaliers. Le week-end avant de commencer, j'ai acheté ma poussette, une Quinny Zapp Xtra 2, que j'avais repéré pour sa légèreté, son pliage facile, et sa fonction de citadine. Donc, stressée par mon premier jour de travail, j'ai passé une bonne partie du week-end à manipuler la poussette (tout en regardant des vidéos d'utilisation, c'est fou comme ça avait l'air facile...), et à réfléchir comment descendre mes escaliers, avec un bébé et une poussette. Je remercie la patience du chat (et de mon mec qui a aussi essayé de m'aider à trouver des solutions), car oui, oui oui oui, j'ai utilisé le chat pour m'entraîner avec ma poussette. Qu'on ne me juge pas, je te vois rire, toi là bas, on en reparle quand tu auras ton premier enfant et que tu voudras tester ton porte bébé et ta poussette va! D'ailleurs un chat et un porte bébé, ça me rappelle une histoire tiens... Morgane pourra peut être mieux nous en dire je crois. Non non je ne dénonce pas, tu penses bien. En théorie et en pratique féline, ça allait. Je commençais à maîtriser la bête (la poussette, le chat j'ai laissé tomber!). Donc le lundi, premier jour, tiens si on allait se promener... Je prépare mon sac, je prends la poussette d'une main, je la pose sur le pallier, je prends l'enfant, je ferme ma porte, je reprends la poussette, je descend les escaliers, EASY. Poussette et enfant poids plumes, nickel. Par contre, vous vous doutez bien qu'une fois en bas, j'ai moins fait ma maligne quand il a fallu déplier la poussette d'une seule main. Impossible. Alors j'ai tenté pendant cinq minutes d'une main, je transpirais, j'avais chaud, j'étais stressée, la petite commençait de pleurer, et moi je m'énervais, et je déteste ça, m'énerver. J'ai soufflé, sorti un lange du sac à langer et poser la petite dessus. Pas le choix, il me fallait mes deux mains. Donc vous vous doutez que j'ai galéré même avec les deux mains car énervée je ne tirais pas dans le bon sens, un massacre... J'installe la petite, et hop c'est parti pour ma toute première balade avec mon carrosse d'ass mat! Youpi... Est ce que je dois vous parler du retour qui a été tout aussi compliqué? Le sac à langer maintenant. Évidemment, il m'est arrivé un caca débordant. Alors toute fière, j'ai sorti ma couche, mon coton, ma tenue de rechange, le tapis de change, mon lini... Ha non. Première sortie dehors, cacatomique, caca de partout, pas de liniment. Je suis maudite. 

Alors bon, depuis ça va mieux. Je peux vous assurer que je n'oublie jamais le liniment et que j'ai trouvé ma technique pour ma poussette après une semaine d'essais. On sort régulièrement avec la poussette, le tout sans souci, et j'ai même fait ma première sortie en portage cette semaine. J'aime l'accueil chaleureux et familial que permet le métier d'assistante maternelle. Et j'ai eu le feu vert de ma puéricultrice pour accueillir un second bébé... Je suis en attente d'un futur petit bout qui viendra nous rejoindre dans cette aventure.

Je m'équipe petit à petit.
Chacune son goûter.
Par contre, je n'arrive pas à dire autre chose que "le projet ass mat". Ce n'est plus un projet bordel, c'est concret. "L'aventure ass mat" conviendrait mieux. Cela viendra avec le temps, quand je me sentirai pleinement accomplie dans mon métier. Et oui parce qu'avec mes dix ans d'expériences avec des tout petits, je suis une débutante, un bébé ass mat (très bien entourée par la jolie famille virtuelle des assistants maternels d'ailleurs!). Allez, je vous raconterai à coup sûr, mes prochaines aventures par ici...

24/09/2016

Histoire de l'allaitement....

J'ai déniché la semaine dernière à la médiathèque, un livre que je pensais garder uniquement pour ma culture personnelle, mais il est tellement intéressant, que je me suis dis qu'il fallait absolument que j'en parle ici. Donc tout au long de la lecture, j'ai pris des notes pour moi, mais aussi pour le blog, afin de vous partager tout ça.

Une histoire de l'allaitement, de Didier Lett et Marie-France Morel.

Le livre retrace comme son titre l'indique, l'Histoire de l'allaitement, de l'Antiquité à nos jours, et c'est passionnant, cela dit je vais essayer de vous faire un résumé, même si je sais d'avance que celui ci sera loooong, et je vais tenter de ne pas être trop chiante dans la partie Histoire, et surtout Histoire de l'Art et religion, mais si vous voulez connaître l'histoire de l'allaitement, il faudra passer par là pour mieux comprendre l'évolution, accrochez vous vraiment, cela vaut le coup!

On retrouve l'allaitement dès l'époque préhistorique, avec le culte de la fécondité dans une époque où les lendemains ne sont jamais certains. Le thème de l'allaitement est très fréquent en Inde Ancienne, Mésopotamie, Phénicie, Grèce, et particulièrement l'Egypte.

Le symbole fort de l'allaitement de la civilisation égyptienne, est la déesse Isis allaitant Horus que l'on retrouve sous forme de statuettes. Mais ce n'est pas l'image de la mère nourrissant son enfant que l'on veut représenter ici mais vraiment Horus recevant le lait d'Isis qui symbolise le pouvoir royal, c'est le moment du couronnement, Osiris le défunt époux de la déesse et père d'Horus, transmet le pouvoir à son fils, le lait est sacré, c'est la force et la légitimité. A la mort d'Horus, une représentation de lactation par la déesse est mise dans son sarcophage qui symbolisera l'immortalité. Les statuettes d'Isis deviendront, à partir du VIIIème siècle avant notre ère (lors d'une période de troubles dynastiques), des objets de piété personnelle, pour obtenir la naissance d'un enfant ou la bonne santé d'un nouveau né.

Ce sont ensuite les romains qui adoptent le culte d'Isis qui est assimilée à la Mère Universelle. On retrouve Isis sous forme de statuettes en terre cuite utilisées comme ex-voto dans les temples comme protection de l'espace domestique. Puis Isis finit par ressemble par une mère ordinaire qui donne le sein, et non plus une déesse. Dans le Monde Antique Romain, on trouve d'autres représentations de la maternité, des déesses nourricières allaitant souvent deux enfants à la fois: c'est le désir de maternité, le besoin de protection de l'enfant et de la famille, et aussi l'espoir de la renaissance après la mort.

En Ephèse et en Asie Mineure, on retrouve une déesse étrange, Artémis, dont le corps est orné de rangées de seins et de testicules de taureaux, elle est le symbole de l'hyperfécondité. On retrouve l'allaitement dans la mythologie grecque, avec notamment l'épisode d'Héraclès. Héra (la femme de Zeus) allaite Héraclès le fils de Zeus qui est le fruit d'un adultère. Son lait est un antidote à la finitude de la condition humaine. Héraclès mord le sein de la déesse et un jet de lait forme une voie lactée. Le fait d'avoir allaiter confère aux femmes un pouvoir exceptionnel incarné par la déesse. Dans l'Antiquité, l'allaitement représente la fécondité, l'abondance, l'amour, la puissance, et l'immortalité! 

On retrouve le pouvoir d'Héra notamment avec Marie allaitant Jésus (coucou le paragraphe un peu chiant sur la religion, mais ô combien intéressant). Le Concile D'Ephèse déclare Marie "Mère de Dieu" et autorise et favorise son culte, cela affirme ainsi la double nature de Jésus: homme et dieu. Le lait de Marie est un aliment spirituel, c'est l'image du chrétien se nourrissant de la parole de Dieu.

Jésus est représenté démesurément grand, il reste Jésus avant d'être un enfant. Il tient souvent un sein entre ses deux mains comme un globe, c'est l'emblème de sa souveraineté au Haut Moyen-Âge. La représentation est peu anatomique (allez fouiller dans des livres d'Histoire c'est hallucinant!): le sein est placé très haut, sur l'épaule ou la clavicule, car il ne s'agit pas de représenter un véritable allaitement (bah ouais pour le coup, le corps de la femme, on s'en fout un peu à l'époque). Cette représentation s'appelle la Vierge d'Humilité, humilité venant humus la terre, racine de toutes les vertus, la vierge est la racine sainte du corps du Christ incarné. Marie est toujours totalement vêtue (à part son sein, team free boobs), et Jésus est toujours nu montrant son sexe pour rappeler qu'il est un homme (alors que les bébés sont à son âge toujours très emmaillotés et couverts). Quand on voit Marie tenir le pied de Jésus, il ne s'agit pas d'affection mais c'est là encore juste une image pour signifier l'humanité d'homme-Dieu de Jésus. Le lait de Marie est une nourriture spirituelle qui apporte la parole de Dieu. Les mères qui allaitent au quotidien se sentent réconfortées en se plaçant sous le patronnage de la Vierge, celles qui n'ont pas de lait prient avec ferveur devant les oeuvres représentant Marie qui allaite, en attendant un miracle. A force de prier au pied des statues de la Vierge, certains saints finissent (selon la petite histoire hein...) par recevoir une giclée de lait. Il faudra longtemps pour que les représentations de mères et d'enfants se détachent complètement de la peinture religieuse.

Avec ce lien religion et allaitement, naît le besoin de croire à la lactation masculine, notamment avec l'histoire de Saint-Mamert. Il entend un bébé, qui pleure, qui a faim, il prie Dieu de l'aider, et sa poitrine se gonfle et se gorge de lait, il peut ainsi nourrir l'enfant et le sauver. Il s'agit d'un fantasme d'androgynie ou de volonté inconsciente des hommes de s'approprier les facultés de reproduction de la femme parfaitement normal à l'époque, car c'est une réponse à la hantise de la faim...

Alors bien sûr, tout ça est très religieux mais compréhensif pour l'époque. Mais qu'en pense la médecine?

Dans la tradition médicale ancienne (Antiquité Grecque et Romaine), le lait maternel n'est que la continuité du sang du placenta. Le lait des jeunes accouchées est considérée comme le sang cuit et blanchi du placenta qui remonte jusqu'aux seins. C'est un argument pour inciter les mères à allaiter, en allaitant, elles achèvent "la fabrication" de l'enfant. Cependant, les médecins estiment que les femmes n'ont pas du bon lait tant qu'elles ont des pertes de sang. Ils conseillent d'attendre que les pertes cessent pour commencer la tétée. Dans les milieux aisés, les mères font allaiter par des nourrices pendant l'attente de la purification de leur lait. Elles-mêmes se font dégorger les seins par des servantes ou des petits chiens (oui oui, vous avez bien lu). dans les milieux populaires, on ne peut pas se payer une nourrice, on laisse donc l'enfant jeûner pendant trois jours, afin que le lait soit épaissi et que les intestins du bébés soient purgés de leur méconium. Les trois jours de jeûne, sont aussi le temps maximum avant de recevoir le baptême qui protègera l'enfant. Le colostrum (premier lait sortant du sein) n'est pas considéré comme nourrissant car il est liquide et pâle, pour les médecins, c'est du poison! C'est fou lorsque l'on sait que maintenant que le colostrum est très important pour les nouveaux nés, leur apportant des nutriments et des anti-corps essentiels.
A partir du XVIIIème, les médecins finissent enfin par recommander le colostrum, qui est bien supérieur aux préparations traditionnelles (à base d'huile d'amandes douces, de sirop de chicorée, de vin au miel) utilisée pour dégorger les intestins du bébé. Le jeûne reste recommandé jusqu'aux années 1950.
A la seconde moitié du XXème siècle, c'est la fin des croyances sur la parenté entre le sang et le lait. 

Avant la naissance, il est nécessaire dans la France Ancienne, de préparer les seins: sortir les mamelons, les étirer avec des "suçoirs"... Jean-Claude Desessartz, médecin parisien renommé, suce les tétons de ses patientes pour former leurs bouts de seins (vous imaginez votre médecin vous sucez les seins en 2016? Moi non...). A l'étranger, des jeunes filles sont même formées à cette fonction. Dans les Cévennes et en Provence, des hommes nommés "tétaïres" tétaient les nouvelles accouchées pour favoriser la montée de lait et vider les mamelons..

Autrefois, le bébé était allaité à la demande, car les mères avaient peur des convulsions, hors de question de les laisser pleurer. Le bébé suit sa mère au travail, et pratique le cododo la nuit. Les horaires de tétées n'est qu'une innovation des médecins du XIXème siècle dans le but de "dresser l'enfant" alors que le lait maternel est largement prédigéré. Dans la société bourgeoise du XIXème siècle, on pense qu'il faut habituer l'individu dès l'enfance à contrôler ses besoins.  Cela arrange le personnel des maternités de mettre tous les enfants au même rythme quel que soit le mode d'allaitement.
Jusqu'au XIXème donc, le lit individuel n'existe pas et les bébés dorment avec leurs parents.

En 1760, le docteur Desessartz (encore lui) essaie de comprendre le plaisir physique que peut éprouver la mère lors de l'allaitement et demande à une jeune mère ce qu'elle ressent:

"Il m'est difficile de rendre ce qui s'est passé en moi, j'ai senti une commotion que je ne peux comparer qu'à celle que produit l'étincelle électrique aussi vive soit elle, elle m'a soulevé, m'a entraîné vers mon enfant, elle s'est bientôt épanouie, dans tout mon corps en y répandant une chaleur délicieuse, à laquelle a succédé le calme d'une volupté inexprimable, lorsque mon enfant a saisi le mamelon et a fait couler la liqueur que la nature et ma tendresse lui exprimait".

Mais les contraintes de l'allaitement à la demande sont lourdes pour les mères d'autant plus qu'elles doivent pour la plupart continuer le travail. La vie d'une mère autrefois se passe selon l'expression consacrée, soit "aux oeufs" (en étant enceinte) soit "au lait" (en allaitant), ce qui suppose qu'elle soit toujours entrain de nourrir un autre qu'elle même.

A cette époque, il existe également tout une croyance autour du "mauvais lait". La mère doit surveiller son alimentation, mais aussi ses activités ET ses sentiments. Pas d'émotions fortes, ou de travail trop dur sous peine d'empoissonner l'enfant (bonjour culpabilité). Ce "lait qui tue" expliquait la mort des nourrissons. Si la femme avait de retour ses règles, le lait était mauvais. Les relations sexuelles étaient interdites car elles pouvaient faire revenir les règles, et on donnait très rapidement une bouillie de céréales en complément du lait maternelle. Le sevrage était souvent très brutal, en mettant une substance amère sur le sein (traumatisme bonjour!).

Toutes ces croyances sur le mauvais lait, ont amené à la mise en nourrice. La poitrine des femmes aristocratiques devait garder un capital esthétique, et l'obligation d'épouse et de maîtresse de maison passait avant le rôle de mère. Mettre l'enfant en nourrice permettait aussi la reprise de l'activité sexuelle des parents. Attention cependant, pour l'époque, ce n'est pas un désintérêt de l'enfant mais un comportement social avec la volonté du bien être de l'enfant malgré tout. Ne pas envoyer son enfant en nourrice peut paraître comme une transgression aux codes de bonne conduite et un signe de désintérêt pour la santé de l'enfant.

Une bonne nourrice à l'époque, a entre 25 et 35 ans, ni trop grasse, ni trop maigre, brune ou châtain (pas de blondes, ni de rousses, réputées pour aimer trop les hommes), de belles dents, une haleine douce, qui a accouché d'un garçon plutôt que d'une fille, avec des moeurs irréprochables (abstinence), une hygiène de vie exemplaire, elle ne doit pas être trop bavarde, avoir une voix douce et ressembler à la mère (rien que ça!). La forme de ses seins doit être différente de celle d'une femme qui veut séduire. Avec tous ses critères, on convient que la nourrice a une bonne qualité de lait! 

La mise en nourrice est beaucoup exercé. A Paris, en 1780, sur 21000 naissances, 1000 bébés sont allaités par leur mère. Les bébés sont souvent exilés à la campagne où se trouvent les nourrices, mais on observe une surmortalité suite à leur exil: fatigue du voyage, difficultés face à un lait étranger, manque d'hygiène dans les campagnes.

En 1860, les nourrices sont à demeure (je vais encore raconter un truc horrible). Les mères sont à l'époque très présentes en éducatrices des enfants mais le devouement ne va pas jusqu'à allaiter, on fait donc venir des nourrices sélectionnées par des médecins. Le médecin fait venir la nourrice avec son enfant, il les examine tous les deux. Si la santé des deux est bonne, l'enfant repart avec "le meneur", il sera élevé à la campagne au pain et lait animal, tandis que le lait de sa mère ira à l'enfant bourgeois (oui, c'est ça le passage horrible). L'enfant bourgeois est nourrit d'un lait abondant car la nourrice ne fait rien d'autre que de s'occuper de lui, de bien manger et de se promener. Mais celle ci mène une vie de recluse, elle est très surveillée, ne doit avoir aucun contact avec les hommes, pas même son mari.

En 1874, c'est la première loi de la protection de la petite enfance, avec un contrôle régulier des nourrices.

Cependant, l'essor du contrôle des nourrices coïncide avec le recul de la mise en nourrice à la fin du XIXème siècle avec le développement de l'allaitement au biberon et de l'évolution des modes de garde (notamment avec les crèches, qui existent cependant depuis 1840).

On retrouve des objets ressemblant à des biberons à l'Antiquité dans des sépultures d'enfants, mais ce sont en fait, des tire-lait. Au Moyen-Âge, on trouve des biberons en terre cuite, nommés chevrettes (car remplis de lait de chèvre). A l'Epoque Moderne, on trouve des biberons en bois, peau, faïence, porcelaine, verre, étain (mais qui causera le saturnisme à cause du plomb chez de nombreux enfants!), avec des tétines en chiffon, os, ivoire ou mamelle d'animal, cette dernière est peu efficace car elle pourrit (sans blague). On arrive enfin à l'Ere de l'industrialisation. En 1840, découverte du caoutchouc, et en 1880, les formidables découvertes d'un certain Pasteur sur les microbes et la stérilisation.
Il reste cependant difficile d'élever un bébé au biberon dès la naissance, il faudra attendre le perfectionnement des laits en poudre (après la Seconde Guerre Mondiale). Le biberon et le lait artificiel donne lieu à un nouveau mode d'allaitement qui est est le produit et le reflet des grandes transformations économiques et sociales de l'époque avec la mobilisation des femmes sur le marché du travail.

C'est une nouvelle façon d'élever les bébés, notamment en Europe avec les travaux de Truby King, docteur anglais. Il recommande d'allaiter à un horaire régulier avec la même quantité de lait, de pour cela, il ne faut pas hésiter à laisser pleurer bébé même s'il a faim entre les horaires ou la nuit. Dès le plus jeune âge, il faut l'habituer à une discipline pour une bonne santé future, et une adaptation au monde du travail et des relations sociales... Cette discipline convenait à la plupart des mères qui pouvaient enfin se consacrer à autre chose qu'à l'alimentation exclusive du nourrisson. 

En  1957, naît à Chicago, un mouvement en faveur de l'allaitement maternelle, la Leche League, destiné à soutenir les mères voulant allaiter au sein. 

En France, en 1963, le pourcentage des mères qui allaitent diminue de plus en plus en raison de l'entrée massive des femmes sur le marché du travail mais aussi avec la montée de certains mouvements féministes hostiles à "l'esclavage" de l'allaitement au sein.

Actuellement, 52% des femmes allaitent en sortie de maternité en France, contre 95% en Norvège, 91% en Espagne, 75% au Pays Bas et Italie, 69% en Grande Bretagne...

Le détour par l'histoire est finalement indispensable pour comprendre le présent.  "L'industrie nourricière" explique aujourd'hui que la France ait un réseau conséquent d'assistantes maternelles, et surtout que les femmes qui continuent de travailler après la naissance des enfants ne soient pas considérées comme des mères "indignes" ce qui est le cas dans d'autres pays notamment l'Allemagne, qui n'a pas eu le même rapport avec les nourrices.

J'ai adoré apprendre tout cela, et encore ici n'est qu'un résumé de ce que l'on peut trouver dans ce bouquin ainsi que toutes les illustrations disponibles. Il y a des dizaines d'histoires également que je ne vous résume pas, mais si cela vous intéresse n'hésitez pas à consulter ce livre. Et puis je pensais en apprendre plus sur l'allaitement, et finalement c'est sur mon propre métier que j'en ai appris!

20/09/2016

Le contrat avec mon assistante maternelle.

Etant donné que je n'avais pas besoin de faire la formation des assistantes maternelles vu que j'étais déjà diplômée du CAP Petite Enfance, j'ai eu beaucoup de mal avec l'administratif, et notamment pour la rédaction du contrat avec mon premier employeur. Alors bien sûr, j'aurai pu me contenter d'en imprimer un, on en trouve facilement sur internet notamment sur le site de la CAF et de la Pajemploi, sauf que je voulais comprendre chaque clause, et qu'il était du coup pour moi nécessaire de le rédiger moi même pour parfaitement comprendre tout ce qui était dit dedans. Sachant que pour les assistantes maternelles c'est tout de même très compliqué à comprendre, en tant que professionnelle, il faut maîtriser ça. Je remercierai jamais assez les collègues qui m'ont aidé notamment sur Twitter, qui ont pris le temps de me répondre et de m'informer sur le métier et la loi. Et c'est ainsi que 6 heures de rédaction plus tard (sans compter la relecture), j'ai pu imprimer mon premier contrat d'assistante maternelle.

Alors je ne vais pas vous le mettre en ligne car j'estime qu'un contrat reste privé, mais j'ai décidé de vous faire un article pour aider les assistantes maternelles et les parents qui ont du mal à établir un contrat de travail.

Obligations de l’employeur :

- S’assurer de la réalité de l’agrément : la capacité d’accueil fixée par l’agrément doit toujours être respectée.
- Déclarer l’emploi à l’URSAFF, ou à la CAF.
- Vérifier l’assurance responsabilité civile professionnelle du salariée.
- Etablir un contrat de travail écrit .
- Etablir mensuellement et à date fixe une déclaration à Pajemploi. En vertu des articles L531-8 et D531-24 du code de la sécurité sociale, l’attestation Pajemploi vaut bulletin de salaire.
- Payer l’assistant maternelle mensuellement et à date fixe.

Obligations du salarié :

- Présenter la copie de l’attestation de suivi de la formation pour les assistants maternels agréés.
- Communiquer l’attestation personnelle d’assuré social.
- Communiquer l’attestation d’assurance responsabilité civile professionnelle.- 
Faire visiter à l’employeur les pièces auxquelles l’enfant aura accès.
- Conclure un contrat de travail écrit.
- Adresser au service PMI du Conseil Départemental dans les 8 jours, la déclaration d’accueil de l’enfant.

L’assistante maternelle s’engage :

- A ne jamais laisser l’enfant seul.
- A fournir les soins nécessaires au plein épanouissement physique et psychologique de l’enfant.
- A informer les parents de la composition des repas, du comportement de l’enfant, des progrès accomplis et le cas échéant, des difficultés rencontrées.
- A ne pas fumer, de même que son entourage, à proximité immédiate de l’enfant.
- A respecter le devoir de confidentialité auquel elle est astreinte du fait de ses fonctions.
- A prévenir les parents en cas de maladie ou d’accident.
- A surveiller et assurer la sécurité de l’enfant notamment en présence d’un animal.
- A respecter le nombre d’enfants autorisé par l’agrément qui lui a été délivré, à informer les parents immédiatement de tout changement de son agrément (modification, suspension, retrait) et à fournir au parent une photocopie du nouvel agrément.

Les parents sont responsables :

- Du bien être de leur enfant.
- De la surveillance médicale de leur enfant.
- Du versement du salaire avant le 5 du mois suivant.

Les parents s’engagent :

- A prévenir l’assistante maternelle pour tout changement d’horaire et à respecter les horaires établis dans le planning.
- A respecter l’intimité et la vie privée de l’assistante maternelle et de sa famille.
- A informer l’assistante maternelle des modalités de garde de l’enfant en cas de séparation des conjoints.
- A se tenir informé de la Convention Collective Nationale de Travail des Assistants Maternels du Particulier Employeur n°3317 et à tenir à disposition des salariés, cette même convention.

Voici une sorte de charte entre les deux parties, qui est, je trouve, importante de mettre dans le contrat. Pour la Convention Collective, vous n'êtes pas obligée de l'imprimer, mais avoir un exemplaire à disposition sur votre ordinateur c'est bien car cela vous servira toujours.

Ensuite, établissement du contrat entre les deux parties.
- Nom et prénom de l'enfant.
- Date de naissance de l'enfant.
- Informations sur les parents: Noms, prénoms, adresses, numéros de téléphone personnels et ceux de leurs lieux de travail.
- Le n° URSAFF ou PAJEMPLOI du parent employeur.
- Le n° de la Sécurité Sociale de l'assistante maternelle.
- Le nom, prénom, date de naissance, adresse, lieu de travail, le numéro d'agrément, la date du dernier renouvellement de l'agrément, précisions sur l'agrément de l'assistante maternelle (une photocopie de l'agrément doit être remis aux parents, et l'attestation de formation ou la dispense de formation doit être impérativement présentée aux parents).
- L'assurance responsabilité civile professionnelle (obligatoire) avec nom de l'assurance, n° de sociétaire et la date de validité (une attestation doit être remis aux parents).

Puis les détails du contrat.

- La date effet du contrat.
- La durée de la période d'essai.
- Les modalités de la période d'adaptation.
- Les articles de loi concernant la durée du temps de travail et le temps de repos de l'assistante maternelle.
- Le type d'accueil choisi.
- Le planning hebdomadaire.
- Le planning annuel avec les semaines travaillées et non travaillées.

Ensuite les détails concernant le salaire.

- La salaire horaire de base en brut et en net.
- Le salaire mensuel de base calculé en fonction de l'accueil en année complète, incomplète ou en accueil occasionnel.
- Les majorations en cas d'heures complémentaires et supplémentaires.
- Les indemnités d'entretien détaillées.
- Les indemnités pour les frais de repas (c'est important notamment pour la déclaration aux impôts).
- La périodicité du paiement (date de paiement de salaire).
- Le bulletin de salaire.

Nous passions ensuite aux congés:
- La durée des congés payés (5 semaines).
- Le calcul des congés payés (qui est différent selon votre type d'accueil en année complète, incomplète ou occasionnel).
- La prise de congés annuels.
- Les dates des congés fixés par les parties.
- La rémunération des congés payés.
- Les jours fériés (payés mais pas obligatoirement chômés, excepté le 1er Mai).
- Les autres droits aux congés pour mariage, naissance, adoption, décès etc...

Il faut ensuite détailler:
- Les absences de l'enfant (qui sont limitées pour permettre une rémunération correcte de l'assistante maternelle).
- Les absences de l'assistante maternelle (arrêt maladie, congés exceptionnels).
- Les modalités de rupture de contrat et toutes les indemnités liées à la rupture du contrat.

J'ai ajouté à tout cela diverses autorisations:
- Autorisation de sorties: relais, parcs, médiathèque, piscine, spectacles...
- Autorisation de prendre l'enfant en photo.
- Fiche d'urgence et de renseignements médicaux: coordonnées des parents, de leurs lieux de travail, personnes à contacter en cas d'urgence, nom du médecin traitant ou du pédiatre.
- Autorisation de transport et d'intervention médicale d'urgence et chirurgicale d'urgence par les pompiers ou le SAMU.
- Protocole médical concernant les vaccinations (la photocopie de la couverture vaccinale obligatoire), les médicaments (aucun médicament n'est donné sans ordonnance récente établie au nom de l'enfant), et l'autorisation écrite des parents.
- La liste des personnes autorisées à venir chercher l'enfant.
- La délégation de garde éventuelle en cas de force majeure. 

Tout ça, lu et approuvé, paraphé et signé par les deux parties... C'est beaucoup d'heures de travail pour la compréhension et rédaction d'un contrat, mais il est vraiment important et professionnel selon moi de savoir exactement ce qui est notifié, afin aussi de pouvoir se protéger car il y a malheureusement souvent des conflits parents et assistantes maternelles niveau administratif. Je ne peux que conseiller à tout professionnel et tout parent, de ne pas bâcler cette partie administrative pour le bien de tous.

Si vous avez des questions, j'essaie d'y répondre en commentaires dans la mesure du possible.

06/09/2016

Quand le #ProjetAssMat n'en est plus un...

Mon contrat d'auxiliaire parentale avec les jumelles s'est terminé le 31 Aôut. Le 31 Août, alors que je m'inscrivais au chômage, une maman un peu désespérée me téléphonait. Le lendemain, je la rencontrais, avec sa petite fille de 10 mois. Aujourd'hui, 5 Septembre, je débute mon contrat d'assistante maternelle.
Le projet que j'ai mis en place il y a quelques mois aboutit enfin. Je vous remercierai jamais assez pour tous vos encouragements, ainsi que pour toutes les participations que j'ai eu sur ma cagnotte qui m'ont permis de m'équiper.

C'est ainsi qu'aujourd'hui une petite fille a passé une super première journée chez Nounou. Elle a inauguré tout le matériel de puériculture et tout ça grâce à vous.
Je ne vous raconte pas la chiale qui m'a envahit quand j'ai fait son lit... C'est à ce moment là que j'ai vraiment réalisé que j'allais devenir assistante maternelle et exercer la profession que je souhaite depuis des années.  Les jumelles sont rentrées à l'école, et l'aventure continue avec ce nouveau bébé que je vais aider à bien grandir.